Sylvain Prunenec / chorégraphe
Mathieu Riboulet / écrivain

Jetés dehors

On passe sa vie dehors, par contrainte plus souvent que par choix.
Au commencement est l’expulsion, et le souffle éperdu après lequel on court, l’espace de quelques secondes, dans un silence assourdissant.
Après quoi l’on est jeté dans des cours, bien mal nommées de récréation, où l’on est hors d’haleine parce que les choses y sont diverses, imprévues, dangereuses sans doute, un peu cruelles.
On se prend les pieds dans les tapis que les fantômes nous tissent longtemps avant d’être capables de les identifier et de composer avec les traces diaphanes, éphémères qu’ils nous laissent.
Si l’on n’est pas tombé la tête la première, ou si l’on s’est relevé, c’est pour mieux prendre l’élan et… rouler dans la poussière des arènes, laisser nos corps dans le tapis et rejoindre les fantômes dans les cintres des scènes, être hors de nous, enfin, sans l’entremise de la colère. Car nous n’avons de souffle que pour nous essouffler.

Sylvain Prunenec, chorégraphe

Sylvain Prunenec a suivi une formation de danse classique au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris puis de danse contemporaine auprès de Ruth Barnes.

Sylvain Prunenec a notamment été interprète pour Odile Duboc, Dominique Bagouet, Hervé Robbe, Trisha Brown, Boris Charmatz, Loïc Touzé. Au sein de sa compagnie, l’association du 48, créée en 1995, il conçoit des projets chorégraphiques ouverts à la collaboration avec d’autres artistes : musiciens, plasticiens, poètes… Verso Vertigo (1996), Bâti (1998) avec Fred Bigot, musicien électronique - Zarb (2000), La Finale (2002) et Fronde Éthiopia (2002) avec Françoise Rivalland, percussionniste. Au travers des éléments qu’elles lui livrent, ces collaborations l’amènent à questionner sa propre pratique de la danse.

Depuis 2000 il a tissé des collaborations avec des artistes africains, la compagnie de danse éthiopienne Adugna et la compagnie congolaise les Studios Kabako de Faustin Linyekula. Ils ont créé ensemble Si c’est un nègre / autoportrait pour le Vif du Sujet au Festival d’Avignon (2003) et développé un projet entre l’Éthiopie et le Congo intitulé Kin-Addis / Chantiers chorégraphiques.

En 2003/2004, en résidence au Forum, scène conventionnée de Blanc-Mesnil, il crée sur le thème du corps démembré deux pièces : Effroi, solo et Redoux pour six interprètes. En 2005, il débute une nouvelle recherche nourrie des travaux d’Etienne Jules Marey, prémice à l’élaboration de nouveaux projets : Lunatique (solo) et About You (quatuor). En résidence au théâtre de Vanves, il entame avec Ouvrez ! »en décembre 2008 une nouvelle étape de son travail : rendre lisible dans le corps les chemins pas toujours très ordonnés des intentions et des sentiments. Love me, love me, love me créé en février 2010, est la première étape du projet « Gare ! ».

Mathieu Riboulet, écrivain

Né en 1960 en région parisienne, Mathieu Riboulet vit et travaille moitié à Paris, moitié en Creuse. Il a publié depuis 1996 quatre livres chez Maurice Nadeau (Un sentiment océanique, Mère Biscuit, Quelqu’un s’approche et Le Regard de la source), trois chez Gallimard (Les Âmes inachevées, coll. Haute enfance, Le Corps des anges, coll. Blanche, Deux larmes dans un peu d’eau, coll. L’Un et l’Autre). Tous explorent de près ou de loin les mécanismes que l’esprit met en œuvre quand il se tait et laisse parler le corps. C’est entre autres ce thème que reprend et amplifie L’Amant des morts, dernier titre paru chez Verdier en 2008.


Production Association du 48
Coproduction commande du festival concordan(s)e, avec le soutien du Théâtre Le Colombier de Bagnolet et du Conseil général de la Seine-Saint-Denis dans le cadre du dispositif IN SITU - artistes en résidence dans les collèges.

Eric Ddidry : regard extérieur

Edition 4 / 7 au 17 avril 2010

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