Laura de Nercy / chorégraphe
Emmanuelle Pagano / écrivain

Flanquées

Je ne commence pas à écrire, pourtant, j’écris depuis si longtemps que je ne me souviens plus depuis quand. J’écris depuis avant de savoir écrire. Je ne savais pas écrire, mais je connaissais la matière fluide des mots déjà. Je savais que l’écriture ça coule, et qu’écrire c’est retenir le flux. J’écrivais sans savoir écrire, sans savoir contrôler cet écoulement. Ma mémoire était saturée, mon corps, ma tête surtout, et mon ventre, pleins de cette eau, les mots. Parfois ils se déversaient sans contrôle et alors je les perdais, je les oubliais. Je m’oubliais, comme on dit dans l’apprentissage de la propreté. J’en avais honte, et rien n’est plus physique que le sentiment de la honte. Je me sentais fissurée. Tenter de retenir les phrases de mes petites histoires d’alors était un effort constant, je m’enfermais pour penser, j’appelais ça penser, écrire. Je disais je vais penser, et je me retirais dans une pièce pour essayer de mémoriser cette mer, cette rivière en moi, je m’inondais. Je pressentais qu’écrire c’était ne plus avoir honte.

Laura de Nercy, chorégraphe

Laura de Nercy est l’interprète de Susan Buirge, François Verret , P. Morin, Christian Trouillas, Bouvier/Obadia après t rois ans d’études à l’Ecole Supérieure d’études chorégraphiques à Paris. Parallèlement elle s’intéresse au pilon de la danse africaine - E.Wolliaston, T.Cissé, K.Koko - à la densité du Butoh - T. Minh, Sankaï Juku, S. Daïmon - ainsi qu’à l’aïkido (1978 à 1984). La quest ion du poids et des appuis est au cœur de sa recherche. Elle fonde la compagnie Roc in Lichen avec Bruno Dizien. Ensemble, ils développent 15 ans de recherche et d’écriture commune sur la dimension verticale, corps et gravité (1987-2001). Depuis 2000, elle fait part ie du groupe de recherche de Kit sou Dubois sur le corps en apesanteur. Elle crée l’association Youyou Product ion en 2002 et met en place Sw ing, premier projet (2003-2009).Elle poursuit un t ravail de recherche avec Armelle Devigon sur la relation corps et nature, énergies et cy cles. Elle se nourrit d’expériences sensibles telles que le Body Mind Centering et le Qi Gong.

Emmanuelle Pagano, écrivain

Emmanuelle Pagano est née dans l’Aveyron en septembre 1969. Elle a raté son bac, l’a repassé, puis a fait en pointillés d ?assez longues études en « Esthétique du cinéma et de l’audiovisuel ». Elle a abandonné sa thèse sur « le cinéma cicatriciel » pour écrire des romans dans lesquels elle cherche encore à rouvrir et gratouiller des cicatrices, et tant pis si ça fait un peu mal. 
Elle est agrégée d’arts plastiques, matière indisciplinée considérée à tort comme mineure, enseignée au compte-gouttes et peut-être en voie de disparition. 
Après avoir habité sur le Vercors pendant sept ans, elle vient de s’installer sur le plateau ardéchois, histoire de comparer les textures des neiges, les gris des brouillards et les épaisseurs des vents, mais aussi pour tout un tas d’autres raisons et déraisons, dont le travail maladif et salvateur d’écrire.

Elle publie ’Le Tiroir à cheveux’ en 2005 et ’Les Adolescents troglodytes’ en 2007, deux romans centrés sur l’enfance qui reçoivent un accueil enthousiaste de la critique. Agrégée d’arts plastiques, Emmanuelle Pagano enseigne cette discipline tout en continuant d’écrire. En 2008 paraît son cinquième roman, ’Les Mains gamines’, aux éditions P.O.L. (prix Wepler en 2008, Prix Rhône Alpes du Livre en 2009).


Une co-production : Youyou production – commande du Festival Concordan(s)e – Avec le soutien du Pacifique / CDC de Grenoble et du Conseil Régional de Rhône-Alpes.

Edition 4 / 7 au 17 avril 2010

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